Évolution de la parentalité

Évolution de la parentalité : du devoir d’enfant au désir d’enfant

De l’autorité paternelle à la parentalité : les étapes de l’évolution

L’évolution de la parentalité est en lien avec notre histoire commune. Du désir d’enfant à l’éducation, en passant par la conception et la grossesse, il est important de comprendre ces changements pour sortir du conditionnement sociétal quant à l’éducation de nos enfants. Voici une explication de la notion de parentalité et les étapes de ses normes par période. Le but ? Vous aider à retracer les grandes lignes qui ont forgé notre conception actuelle de l’éducation.

 

La notion de parentalité

Les psychanalystes Racamier et Benedek créent le terme de « parentalité » en 1960. Celui-ci désigne le processus de maturation psychique qui se développe aussi bien chez la mère (matérialité) que chez le père (paternaliste).

  •  « Pour les psychologues, comme pour les psychanalystes, la parentalité est un processus qui se prépare inconsciemment depuis l’enfance, activé à l’adolescence sous l’influence de facteurs physiologiques, et actualisé lors de la naissance des enfants. » Selon Catherine Sellenet.
  • Dans « Normes de parentalités », la parentalité biologique et sociale est distinguée de la fonction parentale. Celle-ci est définie comme la prise en charge matérielle, affective et éducative d’un enfant.

 

Définition de parentalité 

C’est en 2001 que le mot parentalité fait son apparition dans les dictionnaires :

  1. Petit Larousse :
    Fonction de parent, notamment sur les plans juridique, moral et socioculturel.
  2. Petit Robert :
    Qualité, statut de parent (du point de vue social, juridique…).
  3. Hachette :
    Ensemble des relations entre parents et enfants.

Selon le Comité National de Soutien à la Parentalité : « La parentalité désigne l’ensemble des façons d’être et de vivre le fait d’être parent. C’est un processus qui conjugue les différentes dimensions de la fonction parentale, matérielle, psychologique, morale, culturelle, sociale. »

1. Évolution de la parentalité au fil de l’histoire

 

Jusqu’à l’époque napoléonienne : le paternalisme tout puissant

Il n’est pas encore question de parentalité ni d’autorité parentale, mais d’autorité paternelle. En effet, la position dominante du père remonte au droit romain, la « patria potestas » donne la toute-puissance du père de famille sur sa femme, ses enfants et ses esclaves. Il est le représentant légal du foyer et a droit de vie et de mort sur ses enfants.

 

Du Premier Empire à 1900, l’autorité de l’état remplace l’autorité du père

  • Le code de Napoléon en 1804 donne la toute-puissance au père en dehors du droit de vie ou de mort sur l’enfant. Il doit assistance et protection à l’enfant. Quant à la femme, elle est une éternelle mineure offerte à l’homme afin de lui donner des enfants. De nouvelles lois comme l’instruction obligatoire ou le partage égal de l’héritage diminuent le pouvoir du père.
  • L’organisation du système scolaire, des banques et des préfectures qui se met en place rivalise avec la paternaliste du passé. Et en 1889, la mère devient aussi responsable que le père dans la maltraitance et l’abandon des enfants.
  • Les pères décident encore du mariage, de la carrière et des finances de leur fils et doivent une dot pour leur fille.

 

De 1900 à 1950, l’évolution de la parentalité passe par la prise de conscience

  • Les découvertes de Freud sur l’esprit humain et des troubles psychiques ont marqué le début d’une nouvelle façon de considérer l’enfant. Elle encourage à donner de l’importance aux jeunes enfants et à la relation parent/enfants.
  • En 1946, l’« hospitalisme » de René Spitz démontre que les carences affectives provoquées par la séparation avec la mère entraînent un état dépressif du bébé. Celui-ci pouvant même conduire à la mort. On met alors en avant lien mère-enfant et on minimise l’importance des autres relations.
  • En 1958, Winnicott fait prévaloir que le rôle de la mère est de s’occuper de l’enfant et celui du père est de s’occuper de la mère : « Le père est incapable de tirer du plaisir du rôle qu’il doit jouer et incapable de partager avec la mère la grande responsabilité qu’un bébé représente toujours pour quelqu’un ». Il doit se contenter de son rôle de séparateur de la dyade (le lien mère-enfant) et de médiateur social.

 

2. Les années 60-70, de l’autorité parentale à la parentalité

 

Les réformes sur les droits de la famille modifient la relation parents/enfants

Entre féminisme et déclin du modèle militaro-viril, les hommes prennent petit à petit leur place de père « maternant ». L’autorité paternelle trop autoritaire est pointée du doigt, tout comme la pression sociale autour de la relation amoureuse. On remet en cause le schéma familial : on veut divorcer plus facilement et faire le choix de ne pas se marier, vivre et avoir des enfants en union libre, vivre son homosexualité.

  • La pilule contraceptive : 1967 marque la législation de la pilule. Une femme peut maintenant décider de ne pas avoir d’enfant et devient plus libre.
  • 1970 — l’autorité est exercée par les deux parents : la loi du 4 juin 1970 établit « l’égalité des époux qui s’obligent mutuellement à une communauté de vie. Ce qui implique l’abandon de la notion de chef de famille : la puissance paternelle du code Napoléon est supprimée et remplacée par l’autorité parentale, exercée en commun par les deux parents. »
  • 1975 — IVG : la loi Veil autorise l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à 10 semaines de grossesse.

 

L’entrée de la psychanalyse en pédiatrie participe à l’évolution de la parentalité

Le terme de parentalité émerge avec le développement de nouvelles formes familiales et la remise en cause des principes éducatifs. On veut assurer le bien-être et la réussite sociale de l’enfant : Bruno Bettelheim (1969), clinicien, remet en cause l’idée de la prévalence de la mère dans toute éducation. Les psychanalystes Jenny Aubry, Myriam David et Geneviève Appel démantèlent le caractère irremplaçable de la mère dans la socialisation du jeune enfant, notamment avec : « Loczy ou le maternage insolite » en 1973.

  • La revue « Parents », qui est créée en 1969, traduit le besoin de mettre en place une meilleure éducation, la recherche de nouveaux repères et la découverte des résultats d’études au sujet de la santé et de l’éducation des enfants.

 

L’enfant se fait désirer : la Procréation Médicalement Assistée

La recherche biomédicale conduit à de nouvelles méthodes pour concevoir un enfant. Notamment, la mise en place de la PMA, dès 1978, avec la naissance en Angleterre du premier « bébé éprouvette » Louise Brown. Désormais, les personnes seules, les couples homosexuels ou les femmes ménopausées peuvent avoir des enfants. Des notions de parentalité font chavirer le schéma classique de la parentalité qui reste à construire.

 

3. Les années 80, les pères deviennent des papas-poules

Au cours de la décennie 80, on accorde réellement au père une place auprès du jeune enfant. On l’encourage même à prendre en main son nouveau rôle de père présent et bienveillant. On réalise à quel point le conditionnement sociétal influence notre propre perception du « devenir parent ».

  • Bataille avance que c’est avant même la conception qu’il faut impliquer le père et non seulement au moment de l’éducation. Elisabeth Badinter conteste l’instinct maternel l’amour inné de la mère pour son enfant. Ce qui donne un nouveau rôle aux pères. Geneviève Delaisi de Parseval met en avant l’égalité du père et de la mère au niveau psychique, d’ailleurs, les parents pensent l’enfant tous les deux avant et pendant la conception. Par exemple, 30 % des futurs pères manifestent des symptômes de grossesse (la couvade).
  • Quant à Françoise Dolto, c’est elle qui accélère l’évolution de la parentalité et qui aide les pères à devenir des papas, c’est-à-dire de mener les enfants vers l’épanouissement en tant que personnes et leur permettre de devenir des êtres libres. 

 

Aujourd’hui

Au fil du temps, la vision de l’enfant a changé. Sa naissance étant subie, il était considéré dans le passé comme un être malléable et sans défense qui devait se soumettre à l’autorité.

Dans notre société, c’est la transformation du lien entre l’adulte et l’enfant qui définit l’évolution de la parentalité.

Aujourd’hui, on parle de parentalité positive, l’enfant est devenu un être désiré et précieux, accueilli avec amour. La loi le protège, et les adultes aimants s’investissent pour son bien-être et son épanouissement.

Ce cheminement permet de prendre du recul sur la révolution éducative actuelle : le système est perfectible, mais notons la belle transformation que l’enfance a connue ! Chaque génération apporte sa pierre à l’édifice et aujourd’hui les acteurs se rassemblent autour du défi « une génération pour tout changer ».

Dans l’épisode 3 du module 1 Le parent parfait n’existe pas !, François Durpaire nous emmène dans les racines sociétales du désir d’enfant et aborde notamment la question qu’est-ce que fonder une famille ?

  • https://solidarites-sante.gouv.fr/fichiers/bo/2012/12-05/ste_20120005_0100_0092.pdf

  • https://documentation.reseau-enfance.com/IMG/pdf/concept_parentalite.pdf

  • Normes de parentalité : modélisations et régulations (XVIIIe-XXIe siècles),  Julie Doyon, Lorraine Odier Da Cruz, Anne-Françoise Praz, Sylvie Steinberg

  • L’autorité paternelle en Europe, Margareth Lanzinger

  • https://www.napoleon.org/jeunes-historiens/napodoc/texte-1804-le-code-civil-des-francais-la-meme-loi-pour-tous-et-partout/

  • Essai de conceptualisation de la parentalité, Catherine Sellenet

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